DESTINS CROISES : Tavio Amorin Stokely Carmichael

De l’esclavage à la colonisation

L’année 1441 marque le début d’une des plus grandes tragédies humaines : la traite négrière. Pendant plus de cinq siècles, de nombreux Africains vont être déportés par bateaux vers le nouveau monde pour travailler dans des plantations dans des conditions inhumaines. C’est sur ces bateaux que furent transportés sur l’île de Trinité-et-Tobago les ancêtres de Stokely Carmichael.

Au 19ème siècle débute sur le continent africain l’une des plus grandes entreprises de domination de l’homme par l’homme : la colonisation. Suite à la conférence de Berlin, les nations européennes vont se partager le continent et asseoir leur domination sur les peuples africains. C’est dans cette Afrique dominée que vient au monde dans la colonie française du Togo Tavio Amorin.

Aux Etats-Unis, la fin de la guerre de sécession marque le début de la ségrégation raciale. En 1896, la Cour Suprême américaine, avec l’arrêt Plessy contre Fergusson, rend officiel cette ségrégation à travers la doctrine du séparé mais égaux. Dès cet arrêt, les afro-descendants ne vont cesser de lutter contre cette politique raciste. Ce combat va atteindre son apogée à partir des années 50 avec des leaders comme Malcom X, Huey Newton ou encore Rosa Park.

Dans les colonies d’AOF, l’année 1960 marque la fin de la colonisation : les colons laissent en partant le pouvoir à des gouverneurs à la peau noire corrompus, qui s’accaparent les richesses des peuples. Au Togo, le pouvoir est détenu dès 1967 par le despote Eyadema qui, après avoir assassiné le père de l’indépendance Sylvanus Olympio et renversé Nicolas Grunitzky, met en place une véritable dictature.

C’est dans ces deux atmosphères de révolte que vont se révéler Tavio Amorin et Stokely Carmichael, deux hommes séparés par l’histoire mais qui vont se rejoindre sur le terrain du combat pour la liberté des peuples noirs.

 Black Power

Alors étudiant, le jeune Stokely Carmichael rejoint le SNCC (Student Non-violent Coordinating Committee) et le Non-violent Action Group. Il soutient à cette époque l’action non violente du pasteur King, l’un des leaders du mouvement pour les droits civiques. Acteur de la non violence, il mène des actions concrètes, notamment des campagnes de boycott, mais aussi des campagnes d’inscriptions de noirs sur les listes électorales. Mais comment peut-on être non violent quand l’oppresseur n’hésite pas à recourir à la force et à la violence ? Stokely Carmichael ne peut rester insensible face aux massacres des siens. La radicalisation devient alors une nécessité : il s’oppose désormais aux idées de non-violence et d’intégration. Il prône alors le Black Power qui met en avant l’auto-défense et l’auto-détermination des afro-descendants. Pour définir le Black Power, Stokely Carmichael dira :

« Nous voulons le contrôle des institutions des communautés où nous vivons, et nous voulons le contrôle la terre, et nous voulons arrêter l’exploitation des populations non-blanches à travers le monde. »

L’objectif du Black Power est donc d’amener les afro-descendants, d’une part à prendre conscience de ce qu’ils sont, de leur racine, de leur histoire, de leur culture, d’autre part à définir leurs propres buts et à prendre la direction d’organisations spécifiques. Mais Stokely Carmichael voit plus loin il comprend que les afro-descendants doivent avoir un regard sur l’Afrique. En effet, pour lui, la fin du racisme aux Etats-Unis doit aussi passer par la fin de l’impérialisme des grandes puissances contre les pays africains. Fervent panafricain, il contribue à la création du All-African People’s Revolutionary Party qui lutte pour l’unité et l’amélioration des conditions de vie des peuples noirs. En 1969, il rejoint la terre de ses ancêtres, la Guinée du président Sékou Touré, et prend le nom de Kwamé Ture en l’honneur de Kwamé N’krumah et de Sékou Touré. Toute sa vie, il ne cessa de lutter pour la cause noire. Il mourut d’un cancer en 1998.

 Néo-colonialisme

Au cours de son parcours universitaire dans les années 80, Tavio Amorin va se forger une conscience politique et développe ses idées pour le continent africain. Doté d’une vive intelligence il va s’efforcer d’analyser de manière précise la situation du continent africain. Pour lui la décolonisation n’a jamais eu lieu. Très lucide sur la réalité du continent, il met en avant le remplacement du système colonial par un système néo-colonial qui fait perdurer l’Afrique dans la dépendance. Ce système néo-colonial se définit par une souveraineté inexistante des nouveaux Etats de par leur incapacité à pouvoir assurer seuls leur défense et leur sécurité, mais aussi par une maîtrise de l’épargne des nouveaux états par l’ex puissance coloniale à travers leur maintien dans la zone franc. Il définit aussi ce système par une éducation qui ne prend pas comme socle la culture africaine mais celle du colon ; et aussi par l’absence d’une diplomatie autonome mais alignée sur celle de l’ex puissance.

Pour Tavio Amorin, le combat pour éradiquer le néo-colonialisme ne peut se faire dans une Afrique désunie. Il prône donc la nécessité d’unir le continent et de faire émerger une société civile panafricaine qui serait le moteur d’une intégration africaine multidimensionnelle. Sa vision panafricaine ne se limite pas aux Africains du continent, il plaide aussi pour une intégration des afro-descendants qui doivent jouer un rôle moteur dans le combat en servant d’alliés aux Africains. Désireux de mettre en pratique ses idées, il rentre au Togo pour se mettre au service du continent. A son retour, il devient premier secrétaire du parti socialiste panafricain et délégué lors de la conférence nationale souveraine organisée au Togo en 1991 où son intelligence, son courage et son impétuosité inspirent le respect. Mais le 23 juillet 1992, deux policiers l’abattent à bout portant avant de s’enfuir. Il décédera quelques jours plus tard le 29 juillet dans un hôpital parisien.

Enseignements

 L’histoire de Tavio Amorin et de Stokely Carmichael nous montre que les luttes des peuples noirs sont liées. Ces deux leaders partageaient une même vision : celle de voir les enfants d’Afrique dignes, forts et unis. Ils ne se sont pas contentés de faire des vœux pieux. Ils ont œuvré durant toutes leurs vies à rendre cette vision concrète. Ils ont su penser leurs sociétés et apporter des solutions effectives qu’ils se sont efforcés de mettre en place. Ces deux héros nous montrent la voie à suivre tant leurs réflexions restent actuelles. Il ne s’agit pas de ressasser le passé mais de s’approprier leurs pensées et leurs solutions en les actualisant afin qu’elles nous servent de guide dans le combat à mener pour l’unité. Tavio Amorin et Stokely Carmichael doivent nous servir de boussole car ils nous amènent à comprendre que nous ne pouvons pas combattre de manière isolée. Nous devons comprendre que le panafricanisme, qui est l’unité de tous les peuples noirs, doit être pour nous l’horizon à atteindre.

 

Je suis Tavio Amorin

Nous sommes  Stokely Carmichael

Que L’Afrique retienne le nom de ses héros

#blacklivesmatter

NJA

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  1. belizem belizem dit :

    Deux personnages intéressants et intrigants. Leur bravoure parle pour eux encore aujourd’hui. Plus que jamais devons nous prendre conscience de l’esclavage de ce continent et de définir nos vrais ennemis. Pour les combattre et enfin les vaincre. Au plaisir de te relire.

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