La résistance permanente

Dans la tradition Bété le DIDIGA est la connaissance du passé, le DIDIGA est l’histoire de nos pères, il nous parle des migrations, des alliances, mais aussi des guerres. Aujourd’hui le DIDIGASANGWA « le diseur de DIDIGA » celui qui connaît le passé nous raconte l’histoire de la résistance à la conquête coloniale en pays Bété.

 La résistance en pays Bété

Dans le sud-ouest de la Cote d’Ivoire plus précisément dans la région Daloa un homme va marquer par sa bravoure et sa droiture cette résistance : Le Kanégnon (le laveur d’affront, le combattant), le Galebhai (natif de Galebha)Zokuo Gbeli.

Lorsqu’ils arrivent dans la région de Daloa, les Français sont accueillis avec tous les égards par Zokuo Gbeli, qui voit en ces nouveaux venus, des étrangers apportant leur aide. Mais il va vite se rendre compte que ces étrangers ne sont là que pour soumettre son peuple. Il comprend alors que le chemin de la résistance devient l’unique moyen pour espérer préserver la liberté et l’indépendance des siens.

Assumant son statut de chef guerrier, il rentre en résistance en 1906 à cette date. Allié aux combattants du village de Sabwa de Galbha et de Labea, il met en déroute les troupes du commandant Bouvet alors chef de poste à Daloa et prend le contrôle de ce poste. L’arrivée des renforts va obliger Zokuo Gbéli à battre en retraire et ainsi préparer une nouvelle attaque.

Celle-ci va avoir lieu en 1907. L’offensive est minutieusement préparée et d’une efficacité redoutable, les postes d’Issia de Daloa et de Soubré sont pris d’assaut et contrôlés par les troupes de Zokuo Gbéli. Les forces coloniales subissent une cuisante défaite, elles sont dans l’incapacité de riposter et sont contraintes à fuir et d’attendre l’arrivée de renforts. A leur arrivée les renforts, emmenés par le commandant Betsellière vont faire preuve d’une sauvagerie sans pareil en tuant et en rasant tout sur leur passage. Les envahisseurs ne supportent pas le camouflet que vient de leur infliger le génial Zokuo Gbéli.

Cette défaite ne signa pas la fin de la résistance pour le kanégnon (le laveur d’affront, le combattant), il ne cessa de s’opposer à la pénétration française, mais en 1911 les troupes françaises arrivent enfin à arrêter S’roukou (lion, le roi de la forêt) il est alors déporté à Zuénoula où il mourut en 1912.

Une résistance qui s’étend

Mais Zokuo Gbéli ne fut pas le seul à lutter dans le pays Bété, Go Ziagnon du village de Dibolé, kwé Gnanabou de Wanyou, Boguié Rabet, Sakré Sokia, Gagbongouo Koré se sont farouchement opposés aux troupes françaises. L’évocation de leurs noms fait encore trembler leurs adversaires qui se souviennent encore des nombreuses défaites que ces héros leur ont infligées. Mais las de mener un combat face à un adversaire qui ne comprend que le langage de la violence, les résistants vont faire taire le bruit des armes préférant mettre en place une résistance plus subtile, en menant ainsi des actions de sabotage permanente de l’entreprise de colonisation. L’autorité du colonisateur ne sera jamais acceptée. Les peuples préférant fuir plutôt que de se soumettre à ces étrangers sans foi ni loi.

Le peuple Bété ne fut pas le seul à résister en ce début du 20ième siècle la terre d’Eburnie est une terre d’insoumis ou se succède les guerres et les oppositions à la pénétration coloniale.

Les Baoulés se souviennent encore de la guerre menée par Akafou Bulare ou encore celle d’Assui Salé pour l’indépendance du royaume.

Les Abbey se souviennent encore de la glorieuse révolte de leurs pères qui fit trembler la France.

Les troupes coloniales se souviennent encore du génie militaire de l’Almamy Samori Touré.

Les Gouro se souviennent encore du puissant chef de guerre Sèrèblè Bi Bambou qui à résister pour eux.

Les populations krou se souviennent encore de l’insurrection des blapo sous la direction du chef Paio.

Le pays Dan se souvient encore du siège de la ville de man.

Tous ces peuples se sont battus même après les défaites militaires, la résistance jamais ne se tut.

La résistance politique

Plus tard la résistance prendra une autre forme Victor Biaka Boda, Victor Djedje Capri, René Sery Koré, Ouézzin Coulibaly, Mathieu Ekra à travers la lutte politique vont poursuivre le combat de Zokuo Gbéli, Go Ziagnon, Kwé Gnanabou, Assui Salé et permettre aux peuples d’Eburnie de retrouver une partie de leur indépendance.

La résistance fut totale et permanente et nous prouve que nous sommes un peuple de résistants. Il nous appartient donc aujourd’hui de suivre l’exemple de nos pères. La résistance doit prendre de nouvelles formes mais ne doit s’arrêter que lorsque nous retrouverons l’autre partie de notre indépendance.

D’aucun marque le début de cette résistance à l’année 1893 mais personne ne peut dater la fin de celle-ci car les peuples d’Eburnie ne furent jamais soumis et ne seront jamais soumis.

Je suis un Zokuo Gbéli

Nous sommes des résistants

Que l’Afrique retienne le nom de ses Héros

 

 

NJA

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