Le Prince

Sur la terre d’éburnie, depuis plusieurs mois, le peuple manifeste son mécontentement à l’égard du prince. Le peuple rumine, grogne et sa colère se fait de plus en plus forte. Le prince ne peut plus feindre l’indifférence et rester insensible. Il décide donc de s’adresser à son peuple. Ce 1er mai, le message du prince  se veut fort et ferme.

Les promesses

Lorsque le prince entame son discours, la jeunesse soucieuse de son avenir l’écoute avec attention. À l’annonce de la création d’un ministère et d’une agence dédiée à l’emploi-jeunes, la jeunesse veut croire en cette promesse qui vient s’ajouter à la longue liste de promesses non tenues.

Les paysans sortis du champ pour écouter la voix du prince découvrent que leur revenu est passé de moins de 3000 milliards de FCFA en 2012 à plus de 5000 milliards de FCFA en 2015 soit une croissance de 67 %. Ils espèrent qu’un jour cette augmentation aura des répercussions sur leurs maigres bourses.

Devant leurs télévisons, les familles des victimes des attentats de Bassam, se disent que si la promesse de dégager un budget de 80 milliards de francs FCFA pour renforcer les capacités opérationnelles des forces de défense et de sécurité avait été faite quelques mois plus tôt, les terroristes auraient pu être arrêtés. Elles espèrent que cet argent sera vraiment mis à la disposition des forces de défenses et qu’il ne finira pas ailleurs.

Après la sécurité, le prince souhaite régler le problème de la hausse des prix des denrées alimentaires. Il annonce donc au peuple qu’il a instruit le gouvernement afin qu’il réglemente l’exercice des activités dans le secteur des denrées alimentaires et qu’il maîtrise les prix. À l’annonce de cette nouvelle, la ménagère retrouve le sourire en regardant ses enfants. Elle se dit que demain elle pourra peut-être leur offrir un repas correct.

Le prince va ensuite rassurer son peuple sur la question de l’augmentation des tarifs de l’électricité. Après avoir lui-même signé un décret pour entériner cette augmentation, le prince décide dans sa grande magnanimité d’annuler purement et simplement les factures impactées par cette hausse tarifaire. Le prince va plus loin et appelle à la libéralisation du secteur de l’électricité avec cette sentence « Oui, c’est la concurrence qui fera baisser le prix de l’électricité ».Oui ! Le prince est libéral et veut soumettre à la concurrence un service public uniquement pour le bien de son peuple.

Sûr d’avoir reconquis le cœur de son peuple, le prince se permet un dernier signe de générosité et offre  la somme de 800 millions de FCFA pour soutenir les centrales syndicales indépendantes. Oui le prince écoute et entend son peuple.

La désillusion

Demain sera donc meilleur ! C’est le prince qui l’a dit. Les journalistes censés interroger et  questionner ce discours  encensent le prince, l’opposition reste muette. Le prince lui est satisfait, il a su répondre aux attentes de son peuple.  Que personne n’en doute, le prince entend et écoute son peuple.

Quelque temps après son discours, les denrées alimentaires se font toujours rares, les prix n’ont toujours pas bougé, les factures d’électricité n’ont connu aucune baisse, et le peuple ne peut toujours pas s’acquitter de ses factures qui représentent un vrai poids dans son  budget.

Les promesses du prince se transforment en mirages. Face à cette situation éloignée des espérances suscitées par le discours du prince, le peuple se questionne. Le prince aurait-il menti ? Le peuple crie à la tromperie, le peuple se sent floué. Mais les promesses n’engagent-elles pas uniquement ceux qui y croient ?

Il continue d’œuvrer pour le peuple. On entend dire que le prince a ramené la stabilité et la paix, mais la poudrière de l’ouest est toujours  prête à exploser et des jeunes en armes font régner la terreur dans la capitale. Le prince se vante d’avoir amélioré les conditions de vie des étudiants, mais sur le campus les revendications se font plus intenses. Le prince se fait le chantre de la réconciliation, mais après 6 ans de règne son pays compte toujours 38.000 exilés et la moitié de son peuple a toujours le regard fixé sur une petite ville d’Europe du Nord.

On dit que la terre du vieux  bélier n’a jamais connu pareille période de prospérité. On parle de nouvelles routes, de croissance à deux chiffres, de ponts, de logements sociaux, d’école gratuite et même de records d’investissements. On parle même de nouvelle république, et de réconciliation.

Le peuple pour sa part ne semble malheureusement pas invité au partage des fruits de cette prétendue prospérité. Un prince, aussi puissant soit-il peut-il réduire indéfiniment son peuple au silence ? Le peuple nous répondra…

NJA

3 commentaires Ajoutez le votre

  1. Waly Thomas Faye dit :

    Belle plume Joel ! Une fois la lecture entamée, on ne peut plus s’arrêter. Il y a une envie que connaitre le dénouement. Bravo.

  2. Aristide ZOUZOUA dit :

    Tres belle réflexion. ..juste ce qu’il faut sans trop de véhémence pour que les gens se remettent en question. Il n’est pas trop tard pour le prince s’il veut devenir un jour roi.

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