TheLegend

La résistance permanente

Dans la tradition Bété le DIDIGA est la connaissance du passé, le DIDIGA est l’histoire de nos pères, il nous parle des migrations, des alliances, mais aussi des guerres. Aujourd’hui le DIDIGASANGWA « le diseur de DIDIGA » celui qui connaît le passé nous raconte l’histoire de la résistance à la conquête coloniale en pays Bété.

 La résistance en pays Bété

Dans le sud-ouest de la Cote d’Ivoire plus précisément dans la région Daloa un homme va marquer par sa bravoure et sa droiture cette résistance : Le Kanégnon (le laveur d’affront, le combattant), le Galebhai (natif de Galebha)Zokuo Gbeli.

Lorsqu’ils arrivent dans la région de Daloa, les Français sont accueillis avec tous les égards par Zokuo Gbeli, qui voit en ces nouveaux venus, des étrangers apportant leur aide. Mais il va vite se rendre compte que ces étrangers ne sont là que pour soumettre son peuple. Il comprend alors que le chemin de la résistance devient l’unique moyen pour espérer préserver la liberté et l’indépendance des siens.

Assumant son statut de chef guerrier, il rentre en résistance en 1906 à cette date. Allié aux combattants du village de Sabwa de Galbha et de Labea, il met en déroute les troupes du commandant Bouvet alors chef de poste à Daloa et prend le contrôle de ce poste. L’arrivée des renforts va obliger Zokuo Gbéli à battre en retraire et ainsi préparer une nouvelle attaque.

Celle-ci va avoir lieu en 1907. L’offensive est minutieusement préparée et d’une efficacité redoutable, les postes d’Issia de Daloa et de Soubré sont pris d’assaut et contrôlés par les troupes de Zokuo Gbéli. Les forces coloniales subissent une cuisante défaite, elles sont dans l’incapacité de riposter et sont contraintes à fuir et d’attendre l’arrivée de renforts. A leur arrivée les renforts, emmenés par le commandant Betsellière vont faire preuve d’une sauvagerie sans pareil en tuant et en rasant tout sur leur passage. Les envahisseurs ne supportent pas le camouflet que vient de leur infliger le génial Zokuo Gbéli.

Cette défaite ne signa pas la fin de la résistance pour le kanégnon (le laveur d’affront, le combattant), il ne cessa de s’opposer à la pénétration française, mais en 1911 les troupes françaises arrivent enfin à arrêter S’roukou (lion, le roi de la forêt) il est alors déporté à Zuénoula où il mourut en 1912.

Une résistance qui s’étend

Mais Zokuo Gbéli ne fut pas le seul à lutter dans le pays Bété, Go Ziagnon du village de Dibolé, kwé Gnanabou de Wanyou, Boguié Rabet, Sakré Sokia, Gagbongouo Koré se sont farouchement opposés aux troupes françaises. L’évocation de leurs noms fait encore trembler leurs adversaires qui se souviennent encore des nombreuses défaites que ces héros leur ont infligées. Mais las de mener un combat face à un adversaire qui ne comprend que le langage de la violence, les résistants vont faire taire le bruit des armes préférant mettre en place une résistance plus subtile, en menant ainsi des actions de sabotage permanente de l’entreprise de colonisation. L’autorité du colonisateur ne sera jamais acceptée. Les peuples préférant fuir plutôt que de se soumettre à ces étrangers sans foi ni loi.

Le peuple Bété ne fut pas le seul à résister en ce début du 20ième siècle la terre d’Eburnie est une terre d’insoumis ou se succède les guerres et les oppositions à la pénétration coloniale.

Les Baoulés se souviennent encore de la guerre menée par Akafou Bulare ou encore celle d’Assui Salé pour l’indépendance du royaume.

Les Abbey se souviennent encore de la glorieuse révolte de leurs pères qui fit trembler la France.

Les troupes coloniales se souviennent encore du génie militaire de l’Almamy Samori Touré.

Les Gouro se souviennent encore du puissant chef de guerre Sèrèblè Bi Bambou qui à résister pour eux.

Les populations krou se souviennent encore de l’insurrection des blapo sous la direction du chef Paio.

Le pays Dan se souvient encore du siège de la ville de man.

Tous ces peuples se sont battus même après les défaites militaires, la résistance jamais ne se tut.

La résistance politique

Plus tard la résistance prendra une autre forme Victor Biaka Boda, Victor Djedje Capri, René Sery Koré, Ouézzin Coulibaly, Mathieu Ekra à travers la lutte politique vont poursuivre le combat de Zokuo Gbéli, Go Ziagnon, Kwé Gnanabou, Assui Salé et permettre aux peuples d’Eburnie de retrouver une partie de leur indépendance.

La résistance fut totale et permanente et nous prouve que nous sommes un peuple de résistants. Il nous appartient donc aujourd’hui de suivre l’exemple de nos pères. La résistance doit prendre de nouvelles formes mais ne doit s’arrêter que lorsque nous retrouverons l’autre partie de notre indépendance.

D’aucun marque le début de cette résistance à l’année 1893 mais personne ne peut dater la fin de celle-ci car les peuples d’Eburnie ne furent jamais soumis et ne seront jamais soumis.

Je suis un Zokuo Gbéli

Nous sommes des résistants

Que l’Afrique retienne le nom de ses Héros

 

 

NJA


Les échos du passé : Le royaume d’Abomey

Le temps est venu de rétablir notre vérité historique. Rappelons nous donc ensemble d’un des royaumes les plus puissants d’Afrique de l’ouest. Racontons avec fierté l’histoire du royaume d’Abomey.

Aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur.

C’est à partir du XVIIème siècle que s’éleva sur une partie du Bénin actuelle le royaume d’Abomey. Voici comment surgit du bruissement de l’histoire ce puissant royaume : la dynastie d’Abomey a pour origine le royaume de TADO, royauté située sur la rive droite du fleuve Mono. Les anciens nous racontent que Tenou Guessou alors roi du TADO épousa une femme appelée Gbekpo, qui avait le pouvoir de se métamorphoser en panthère. De leur union naquit de nombreux descendants mais l’un d’eux appelé Adjahounto marqua de son empreinte le cours de l’histoire. A la mort de leur père Tenou Guessou, une querelle de succession divisa les fils du roi, Adjahounto n’eut d’autre choix que celui de quitter le royaume de son père. Il trouva alors refuge dans la région de Togo-Goussa où il fonda le royaume d’ALLADA.

Adjahounto eut trois fils mais à sa mort un conflit éclata entre ces derniers pour la succession au trône d’ALLADA. Pour régler le conflit les trois frères trouvèrent une solution de consensus. L’un d’eux prit la succession de son père sur le trône d’ALLADA. Le second prit la direction d’Adaché, fonda le royaume de Porto-Novo et prit le nom de Te-Agbanlin. Le troisième Do-Aklin partit vers le nord et créa le royaume d’Abomey. Mais c’est son petit fils Houegbadja qui fit du royaume d’Abomey un état fort et puissant.

Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens

L’organisation du royaume d’Abomey ne fut soumise à aucune influence externe. La société d’Abomey était rigoureusement hiérarchisée avec une structure politique fortement centralisée et composée de roturiers soumis à l’autorité royale. Pour administrer son royaume le roi s’entoura d’un Migan siégeant à sa droite et d’un Mehou siégeant à sa gauche tout deux remplissant les fonctions de premier ministre. En dessous du Migan et du Mehou on retrouve des ministres aux compétences bien définies comme le ministre des cultes (Aplogan), le ministre des finances, le chef de la police, le ministre chargé des problèmes fonciers (Tokpon) et par la suite un ministre des «blancs» (Yévognan).

Les femmes jouèrent un rôle important dans l’histoire de ce royaume. Au sein de la structure politique, des femmes étaient nommées par le roi afin qu’elles exercent un contrôle sur les activités des principaux dirigeants. Elles furent aussi à l’origine de nombreuses victoires militaires car c’est au royaume d’Abomey que fut créée la légendaire armée des amazones composée uniquement de femmes, la plupart vierges ou astreintes au célibat. Elles étaient lancées dans la bataille pendant les moments difficiles pour faire fléchir les dieux du combat. Les troupes poppo qu’elles vainquirent se souviennent encore de leur bravoure et de leur puissance… Fort de cette organisation rigoureuse et efficace le royaume d’Abomey va connaître une croissance sous l’impulsion des successeurs d’Houegbadja qui ne cesseront de faire croître ses frontières. En 1724 Abomey annexa le royaume d’ALLADA et en 1727 OUIDAH, suite à ces annexions le royaume prit alors le nom de Dahomey.

C’est au bout de la vieille corde qu’on tisse la nouvelle.

En 1818 une étoile accéda au trône du Dahomey… A cette date le prince Ghézo fut couronné roi du Dahomey et choisi pour devise la tirade suivante : « la jarre contient l’eau qui donnera au pays le bonheur. Si tous les enfants venaient par leurs doigts assemblés à en boucher les trous, l’eau de ne coulerait plus et le pays serait sauvé ».

Durant son règne il rétablit la paix civile, s’employa à raffermir l’administration en épurant la bureaucratie royale, rationalisa la collecte des impôts et mit en place des statistiques démographiques. Sous ses ordres, son ministre de l’agriculture imposa aux villages des plantations obligatoires et encouragea la vulgarisation et la production de nouvelles cultures vivrières provenant d’Amérique (ex manioc). Il favorisa également le commerce de l’huile de palme qui participa à l’essor économique de l’Etat. Ghézo se révéla être un grand économiste.

Sur le plan militaire il rationalisa l’organisation des contingents, modernisa les équipements de son armée et donna une place encore plus importante aux amazones. Véritable génie militaire, il remporta de nombreuses victoires notamment contre les yoroubas du royaume d’Oyo. Homme érudit et curieux, il encourageait les arts au sein de la cour et portait un intérêt particulier aux cultures étrangères. Après 40 années d’un règne éclairé Ghézo rejoignit la constellation des grandes étoiles africaines…

 Le buffle puissant traverse le pays et rien ne peut l’arrêter ou s’opposer à lui

 Mais en 1892 après une résistance farouche des descendants de Ghézo, le royaume du Dahomey tomba aux mains des voleurs de terres.

Mais la sagesse africaine nous enseigne que L’éléphant meurt, mais ses défenses demeurent.

Je suis Ghézo

Nous sommes le Dahomey

Que l’Afrique retienne le nom de ses Héros

NJA


Exodus: deLeonard Howell à Marcus Garvey

Et l’Eternel dit à Moïse : va vers Pharaon et tu lui diras, ainsi parle l’Eternel, laisse mon Peuple partir !

Quelque part entre les ports de la Kingston, de la Barbade ou de Floride, des hordes de matelots quittant leurs îles gorgées de soleil et d’esclaves appareillaient pour des voyages au long cours. Car telles était la tâche : porter et supporter des marchandises du nouveau monde pour faire carrière dans la marine marchandes. En s’arrêtant à Harlem, Mecque des nouveaux nègres, les enfants des diasporas caribéennes du 19ème siècle, se rencontraient dans un brassage propice au questionnement de l’identité nègre. Cuba sort de l’esclavage, mais les Orishas convulsent encore, la ségrégation américaine est des plus féroces et la Jamaïque est un prisonnier ficelé, bâillonné.

Aux alentours des années 1920, Leonard Percival Howell, jeune matelot téméraire au fort accent jamaïcain rencontre Marcus Garvey montagne de livres et de panache.

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Cela fait plusieurs années déjà que Marcus Garvey a traversé la mer des Caraïbes, mais son ambition est bien plus monumentale, elle est de celles qui abattent les murs et humilient les rois, elle est de celles qui ouvrent les eaux pour le chemin du retour.

Né en 1887 dans la Jamaïque ségrégationniste, Marcus, fils de marrons, devient rapidement un curieux mélange de politicien chevronné et d’entrepreneur audacieux. D’abord employé chez un imprimeur, il ingurgite, boit, absorbe la substantifique moelle de la littérature à portée de main à Kingston. Capitalisme, Communisme, Impérialisme sont les avatars de ce siècle des « ismes ». Lénine, Trotsky, Ho Chi Minh et la Bible sont ses guides à travers le désert. Il participe à de nombreuses grèves dans le cadre de syndicats, devient journaliste et fonde le journal Garvey’s Watchman.

Garvey débarque aux Etats-Unis en 1916 avec le projet de réunir toutes les forces capitalistiques au service du rapatriement en terre promise du peuple errant. L’Afrique ! A coup de campagnes via son association UNIA United Negro Improvement Association, Garvey crée une compagnie maritime et invite la communauté noire à investir en tant qu’actionnaires en vue de l’achat d’une flottille d’arches aptes à traverser la grande mer atlantique.

En 1919 la Blackstar lines est créée. Un Dieu ! Un but ! Une destinée !

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Leonard Howell est de retour en Jamaïque en 1932. Cela fait trois ans alors que la Prophétie du révérend James Morris Webb s’est réalisée : celle d’un africain couronné, qui, tel un sombre messie, mènera le peuple des damnés de la terre vers la délivrance. Il commence alors à prêcher le retour d’un Dieu noir, d’un Dieu des Noirs, un Dieu dont le Ras Tafari Makonnen de l’Empire d’Ethiopie seul Etat ayant valeureusement repoussé le fléau colonial_ serait l’envoyé.

Howell fait alors de ses « ismes » préférés un grand syncrétisme ! Gandhisme, Marxisme et bientôt Tafarisme sont ses maîtres pensées. Il exhorte son peuple à se soumettre à l’autorité du descendant direct du Roi Salomon et de la Reine de Sabah : Haïlé Sélassié 1erA la mer le Roi d’Angleterre ! Edifié, mais non convaincu par son ami apôtre du retour, Marcus Garvey, Leonard Howell commence à bâtir sur son île natale une communauté imprégnée de culture indienne et africaine, fonctionnant en autarcie de la société jamaïcaine encore sous le joug de la couronne britannique.

***

Après des années à défier le pouvoir fédéral américain, en montrant la force de frappe d’une communauté africaine-américaine réunie autour des projets communs de culture, d’éducation et de travail, Marcus Garvey subit la méfiance des autorités, la censure de son journal le Negro World, la prison et un nouvel exil, encore un, vers l’Angleterre.

Alors que Marcus Garvey, le Black Moses, meurt à Londres en 1940, la même année est fondé en Jamaïque le Pinnaclepremière communauté « Rasta » au monde et réunit bientôt un des centaines d’adeptes vivants des ressources de la terre et revendiquant l’indépendance matérielle et spirituelle. Le Gong, en maître spirituel de cette quête d’un nouveau mode de vie, passe son temps entre la prison et l’hôpital psychiatrique où les autorités insulaires tentent de contenir son influence auprès du peuple jamaïcain. Mais telle l’hydre, les tentatives de destruction par la police jamaïcaine de cette entreprise d’émancipation, ne sont que l’occasion de propager l’expérience du Pinnacle en une multitude de communautés similaires à travers l’île.

Léonard Howell meurt en 1981, trois mois avant un certain Robert Nesta Marley qui fit connaître l’ambition de Howell dans le monde entier en faisant du Rastafarisme un des derniers « isme » du 20ème siècle, dont les maîtres fondateurs auront fait une véritable philosophie de vie tourner vers les racine de l’Afrique.

Nous sommes Marcus Garvey.

Nous sommes Leonard Howell.

Que l’Afrique retienne le nom de ses héros.

Yovovi


Thomas Sankara : Osez inventer l’avenir

En 1983 un jeune capitaine plein de fougue prend le pouvoir en Haute-Volta (Burkina Faso), bien décidé à relever son pays qui jusque-là, peinait à devenir grand. Thomas Sankara va en quatre ans (1983-1987) bousculer par sa pensée un continent sclérosé par une élite sans idée et sans vision. Véritable visionnaire, il sera élevé après sa mort en véritable martyr par une jeunesse africaine en manque de leader. Mais aujourd’hui que reste-t-il du puissant message capitaine burkinabè ? Que savons-nous réellement de son message ? Aujourd’hui 29 ans après sa mort il est important de nous rappeler du message du génial capitaine Thomas Sankara tant celui-ci reste d’actualité. Ses discours restent pour nous un moyen de nous imprégner de sa pensée. Ainsi le 4 octobre 1984 Thomas Sankara prononce un discours mémorable devant l’assemblée générale des Nations unies. Revenons ensemble sur un extrait de ce discours…

« Il n’y aura plus de gifle »

 Lorsqu’il se présente devant l’assemblée générale de l’ONU, Thomas Sankara se pose en porte-parole d’un continent fort et digne. Le début de son discours est une adresse à la jeune génération africaine : «  je parle au nom d’un peuple qui, sur la terre de ses ancêtres, a choisi dorénavant de s’affirmer et d’assumer son histoire, dans ses aspects positifs comme dans ses aspects négatifs, sans complexe aucun ». A travers cette phrase, il nous invite à accepter cette histoire glorieuse et en même temps tragique. Il nous invite à ne pas oublier notre responsabilité lors de la traite négrière, il nous invite à ne pas nier nos défaites pendant les guerres de colonisation, mais il nous invite aussi et surtout à ne pas nier notre résistance, à ne pas nier l’influence de notre science sur le reste du monde, mais aussi notre capacité à être acteur de notre histoire. Thomas Sankara avait compris que nous ne pouvions nous projeter dans l’avenir sans avoir accepté de manière lucide notre histoire. La pensée du capitaine ne se limite pas au continent africain. Conscient du caractère universel de sa révolution, il se pose aussi en porte-parole du monde des non-alignés. Ce monde des non-alignés baptisé tiers-monde partage un héritage, celui de la colonisation et doit faire face au même défi, celui de l’indépendance totale et vraie. Loin des indépendances formelles fustigées ici par Thomas Sankara, qui nous invite à comprendre que la grande vague de décolonisation des années 60 n’est qu’un leurre et que le combat pour l’indépendance reste d’actualité, il prône donc l’unité du tiers-monde afin de venir à bout de cette aliénation culturelle, économique et politique dont il fait référence dans son discours. Pour Thomas Sankara il faut que se lève une nouvelle race de tiers-mondiste qui refuse de tendre l’autre joue et de s’abaisser devant leurs maîtres d’antan et ainsi arracher une vraie indépendance et refuser comme il le dit d’être « l’arrière monde d’un occident repu ».

 « La bataille pour une pensée au service des masses déshéritées n’est pas vaine »

Dans la suite de son discours il fustige ce phénomène propre à l’Afrique qui consiste à chercher les solutions de son développement ailleurs. Pour Thomas Sankara, la solution est au contraire de se défaire de tous ces modèles de développement prônés par l’Occident et ses institutions qui depuis les indépendances n’ont fait qu’aggraver la situation. Nul ne peut penser un modèle pertinent et efficace s’il se tient loin des réalités de l’environnement qu’il étudie. Il ne peut y avoir de développement sans rupture totale avec tous ces modèles éloignés de nos réalités. Pour Thomas Sankara le salut de notre continent viendra de cette rupture. Notre capitaine s’en prend aussi à cette petite bourgeoisie africaine corrompue intellectuellement par la pensée occidentale dominante, qui refuse tout effort de réflexion et tout débat théorique rigoureux sur le devenir du continent. Il parle d’une élite africaine « consommatrice passive et lamentable » des dogmes énoncés par leurs maîtres de l’extérieur.

Pour Thomas Sankara les élites africaines doivent penser le continent, énoncer des principes et créer des modèles de développement en accord avec la réalité du continent. Elles doivent tourner le dos à ces modèles de pensée venus de l’extérieur dont les échecs ne sont plus à démontrer. Comme le dit Thomas Sankara « En ces temps de tempêtes, nous ne pouvons laisser à nos seuls ennemis d’hier et d’aujourd’hui, le monopole de la pensée, de l’imagination et de la créativité ». Le défi à relever pour la jeunesse africaine est de se réapproprier son environnement, de le comprendre, de l’étudier afin de pouvoir faire émerger des modèles de développement et de pensée cohérents et efficaces qui feront sortir notre continent de l’état de léthargie dans lequel il se trouve. Il nous faut retourner à notre patrimoine culturel, à notre histoire, à nos réalités, à nos échecs et à nos succès afin de donner de notre peuple une image fidèle : « Une image qui nous permette de réaliser des changements profonds de la situation sociale et politique, susceptibles de nous arracher à la domination et à l’exploitation étrangères qui livrent nos États à la seule perspective de la faillite ». L’idée de Thomas Sankara est de nous dire que nous avons les clés de notre réussite entre nos mains et que le devenir de notre continent ne dépend que de nous.

 « Nous encourageons l’aide qui nous aide à nous passer de l’aide »

Lorsqu’en 1983 Thomas Sankara arrive au pouvoir, le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres du tiers monde, l’avenir de ce pays est compromis par une position géographique ingrate et une classe politique corrompue. C’est d’un pays à bout de souffle dont va hériter le capitaine. C’est ce constat que fait Thomas Sankara devant l’assemblée générale de l’ONU : « Dans le cas de l’ex Haute Volta, le processus était encore plus exemplaire. Nous étions la condensation magique, le raccourci de toutes les calamités qui ont fondu sur les pays dits « en voie de développement » ». Pourtant, comme le rappelle le capitaine, l’aide extérieure n’a cessé d’affluer vers son pays depuis son indépendance, mais cette aide est un échec.

L’échec de l’aide extérieure, pour Thomas Sankara, est dû aux élites dirigeantes passées qui : «  soit par naïveté, soit par égoïsme de classe, n’ont pas pu ou n’ont pas voulu maîtriser cet afflux extérieur, en saisir la portée et exprimer des exigences dans l’intérêt de notre peuple ». Thomas Sankara met en lumière une autre raison « l’aide au Sahel, à cause de son contenu et des mécanismes en place, n’est qu’une aide à la survie. Seuls, souligne-t-il, 30 pour cent de cette aide permet simplement au Sahel de vivre. Selon Jacques Giri, cette aide extérieure n’aurait d’autres buts que de continuer à développer les secteurs improductifs, imposant des charges intolérables à nos petits budgets, désorganisant nos campagnes, creusant les déficits de notre balance commerciale, accélérant notre endettement ». L’aide apportée aux pays en voie de développement cause donc plus de dégâts qu’elle n’en règle ; combinée à sa mauvaise gestion elle se transforme alors en véritable frein au développement de nos pays. Pour Thomas Sankara il nous faut donc refuser cette aide : « la politique d’assistance et d’aide n’a abouti qu’à nous désorganiser, à nous asservir, à nous déresponsabiliser dans notre espace économique, politique et culturel», et élaborer de nouvelles techniques et n’attendre qu’une seule aide : celle de nos bras et de notre intelligence. Véritable déclaration d’indépendance, le modèle énoncé par Thomas Sankara a pour objectif de trouver des solutions mieux adaptées et plus conformes à nos réalités tout en «  rejetant de manière abrupte et définitive toutes sortes de diktats extérieurs, pour créer ainsi les conditions d’une dignité à la hauteur de nos ambitions ».

Thomas Sankara reste aujourd’hui une figure incontournable de l’histoire africaine et un véritable modèle pour toute la jeunesse révolutionnaire africaine. Méditons donc sur sa pensée, analysons-la, actualisons-la et faisons en ressortir le meilleur afin que son message ne se perde pas dans les dédales de l’histoire.

La patrie ou la mort nous vaincrons.

 

Je suis Thomas Sankara

Nous sommes Thomas Sankara

Que l’Afrique retienne le nom de ses héros

NJA

 


La fin des mythes : Le royaume Ashanti

« Vers 1695 nos pères nous racontent que lors de son avènement sur le trône, OSEI TUTU fondateur du royaume Ashanti fit descendre du ciel le sidkadwa « trône d’or né un vendredi » celui-ci va alors incarner l’intégration des peuples ratifiée par l’adhésion unanime. Considéré comme un don du ciel, il symbolise l’unité du pays et la permanence de l’état. Il contient l’âme de la nation ».

La vérité historique ne peut être occultée indéfiniment…

A la fin du 17ième siècle, le prince de Kumasi du clan oyoko Oséi Tutu va unir autour de lui les peuples des royaumes Akan et écrire avec eux l’une des plus grandes pages de l’histoire du continent. Aidé par un prête animiste Okomfo Anokyé , il va fédérer ces royaumes en une seule entité et en faire un état fédéral dont il sera le premier Ashantihéné (chef des Ashanti) et établira sa capitale à Kumasi.

Le royaume Ashanti est un état fédéral composé de provinces disposant chacune d’une grande autonomie et calquant leur organisation interne sur celle de l’état central. Chaque province membre de la fédération est dirigée par un Héné (chef), ceux-ci étant représentés au sein d’un conseil chargé de prendre certaines grandes décisions (taxes, guerres). A côté de ce conseil représentatif des entités fédérées, un conseil des anciens est chargé d’assister l’Ashantihéné dans l’administration du royaume. Comme le fondateur du royaume tous les rois sont élus au sein de la branche du clan matrilinéaire OYOKO et leur désignation est confiée à la reine mère ; en effet c’est elle qui choisit parmi les différents prétendants le prochain Ashantihéné. Son choix est ensuite soumis à l’approbation du conseil des anciens. Cette prérogative attribuée à la reine mère fait d’elle un personnage central du dispositif politique Ashanti, elle est sans doute la femme la plus puissante du royaume.

Loin de la perception mythologique contemporaine de la femme africaine qui cantonne celle-ci à un rôle négligeable, le royaume Ashanti nous rappelle que nos mères ont toujours eu une position de pouvoir tant dans les organes politiques que dans les sociétés africaines.

… elle finit toujours par émerger…

Sous le règne d’Oséi Kodjo (1765-1777) une série de réformes que l’on va appeler « Révolution Kodjoienne » va bouleverser l’organisation interne de la fédération. Cette révolution restée dans la mémoire du peuple Ashanti va permettre l’avènement d’une nouvelle administration plus forte composée de hauts fonctionnaires nommés par le roi et chargés de gérer les affaires administratives du royaume.

La gestion financière du royaume est confiée à un grand argentier entouré d’une équipe de comptables qui étaient en charge des tribus, des douanes, des péages et de la capitation. La collecte de cette manne financière était repartie de manière précise selon les différents postes budgétaires du royaume. Cette organisation a permis au royaume d’affirmer sa domination et de se positionner comme une puissance régionale sur le plan économique.

Ouvert sur le monde, l’état Ashanti va faire appel à des compétences étrangères pour améliorer et rendre plus efficace l’organisation du royaume. C’est ainsi que des européens vont être nommés hauts fonctionnaires et des scribes musulmans vont être appelés pour perfectionner le système de statistique.

En plus d’une administration forte et bien organisée le royaume Ashanti va conforter sa puissance régionale en mettant en place une diplomatie efficace. Ses ambassadeurs étaient sélectionnés parmi les roturiers du royaume pour leur esprit et la puissance de leur dialectique et faisaient rayonner l’Ashanti au-delà de ses frontières.

Loin du mythe d’une Afrique constituée de tribus sauvages, désorganisées ,désunies et fermées, l’histoire des Ashanti, son administration et son organisation politique montrent que l’Afrique a su dépasser l’idée tribale pour accéder à la réalité abstraite de l’État et de la nation et s’ouvrir au monde en l’influençant et en s’y inspirant.

… et s’imposer car elle ne peut être contestée.

En cette fin du XVII les principales armées des royaumes africains sont équipées d’armes à feu, celles-ci sont apparues grâce aux marchands arabes et européens présents sur le continent. Les royaumes d’Afrique comprennent rapidement l’intérêt pour eux de doter leurs armées de telles armes. La fédération Ashanti va alors s’équiper de plusieurs armes à feu afin de rivaliser avec les autres royaumes mais surtout avec les européens notamment les anglais qui se font de plus en plus menaçants.

Ainsi après les guerres face aux autres royaumes qui lui permettent d’élargir ses frontières qui s’étendaient alors des pays Gourounsi et Gondja à la côte et de Grand-lahou (Côte d’Ivoire) à petit popo ( Togo), la fédération Ashanti va rentrer en conflit avec la couronne britannique qui ne voit pas d’un très bon œil la suprématie de celui-ci.

En 1824 sous l’impulsion de l’Ashantihéhé Oséi Bounsou dit « la baleine », l’armée Ashanti rentre en guerre contre la couronne britannique. Cette première confrontation qui aura pour point d’orgue la bataille de Bonsaso tourne au désastre pour l’armée britannique qui se fait laminer par le génie militaire Oséi Bounsou «  la baleine ». En 1863 une nouvelle guerre éclate. L’Ashantihéné Kwakou Dwa décime les anglais à Assikouma et à Bobikouma. Ces victoires fortifient la fédération et son prestige se fait plus grand.

A la fin du XIX siècle l’entreprise de colonisation débute dans l’ouest du continent. Malgré leur hargne, les anglais n’arrivent pas à soumettre la fédération Ashanti comme c’est le cas de certains royaumes voisins Face à cette impasse, elle va recourir à la ruse.

 Attendu pour un entretien de paix avec l’Ashantihéné Kwakou Dwa III le gouverneur anglais entre à la tête d’une forte armée dans Kumasi. Prises de court, les armés de Kwakou Dwa sont vaincues.

Loin du mythe de l’africain armé de lances et de flèches qui ne disposait pas d’armes à feu, loin du mythe d’une prétendue supériorité militaire européenne, les victoires sur le champs de bataille des armées Ashanti viennent nous rappeler le génie de nos pères et battre d’un revers de la main la prétendue facilité avec laquelle les colons nous auraient vaincus.

 

Je suis Ashanti

Nous sommes Ashanti

Que l’Afrique retienne le nom de ses héros

NJA


Fédération du Mali: Ensemble, nous avons le pouvoir !

Dans toute l’Afrique de l’ouest tout le monde sait dire « ensemble nous avons le pouvoir »

Pendant la colonisation les Baoulés, Wolofs, Peuls, Mossi, Sousou, Dogons, Malinkés, Ebriés des territoires ivoirien, soudanais, guinéen ou voltaïque, comprennent que l’unité est la seule manière pour eux de vaincre l’oppression coloniale. De Dakar à Abidjan en passant par Cotonou ou Conakry l’intensité et la férocité de la colonisation est la même, les Africains souffrent ensemble mais luttent et résistent ensemble. Les humiliations et la soumission servent alors de ciment à l’unité de ces peuples.

Au Mali nous disons : Mansaya Ya An Bé Ta Lé di (Malinké)

Dès 1895, après avoir soumis par la force une grande partie de l’Afrique de l’ouest, l’État français met en place une fédération, l’Afrique occidentale française (AOF), pour administrer les territoires sous sa domination. Cette fédération composée de six puis de sept territoires sera administrée par un gouverneur général et aura pour capitale Dakar.

En 1956, sous l’impulsion de la loi cadre, l’AOF est démantelée. Les sept territoires sont désormais séparés, isolés et administrés séparément par des institutions locales.

En 1958, le référendum sur la communauté franco-africaine entérine cette division par l’institution de républiques autonomes. Ces deux événements valident le processus de balkanisation de l’ex AOF.

Ainsi, après avoir lutté ensemble contre l’oppression coloniale, c’est en ordre dispersé que les peuples de l’ex AOF s’apprêtent à accéder à leur indépendance.

En Cote d’Ivoire nous disons : Minh wo hégba hé sanou (Baoulé)

En 1957, la Gold Coast, ex-colonie britannique, arrache son indépendance et devient le Ghana sous la direction de son leader Kwamé N’kruma, partisan du panafricanisme et de l’unité africaine.

En 1958, la Guinée, conduite par son charismatique leader Sékou Touré, obtient l’indépendance en refusant avec fierté de participer à la communauté franco-africaine.

Au Sénégal nous disons : Mbolo moy dolé (Wolof)

De leurs côtés les autres colonies françaises intègrent la communauté franco-africaine mais comme le rappelle Leopold Sedar Senghor : « la Communauté n’est pour nous qu’un passage et un moyen, notamment celui de nous préparer à l’indépendance à la manière des territoires sous dépendance britannique. »

Un vent de liberté souffle sur le continent africain et de Dakar à Niamey, l’indépendance n’est alors plus qu’une question de temps.

En Guinée nous disons: Won Ma Langui Mainguèya Na Won Yi Ra (sousou)

C’est dans cette atmosphère de liberté que le Sénégal, le Soudan, le Dahomey et la Haute-Volta choisissent le chemin de l’unité.

« Notre réunion, dans cette salle des délibérations du Grand Conseil, est un acte de foi dans le destin d’une Afrique forte de l’union de tous ses membres sans discrimination d’aucune sorte. ». C‘est par cette phrase du doyen Lamine Guèye que s’ouvre l’assemblée constituante qui officialise la création d’une fédération regroupant ces 4 territoires. Elle prendra le nom de fédération du Mali en référence au grand empire fondé par Soundjata Keita. Le 14 janvier 1959, la constitution présentée par le sénégalais Doudou Thiam est approuvée par acclamation par les délégués de tous les territoires. Le rêve unioniste porté par Modibo Keita et Léopold Sédar Senghor voit le jour. C’est donc ensemble que ces 4 nations souhaitent acquérir leur indépendance. Nous sommes en 1959 et l’indépendance pointe à l’horizon.

Au Bénin nous disons : Mi do kpo mi na dou gan (fon)

Mais la fédération va être torpillée par le chef du RDA Félix Houphouet-Boigny, artisan de la loi cadre et partisan d’une évolution séparée des anciennes colonies. Il voit d’un mauvais œil la formation de cette fédération qui pourra lui faire de l’ombre et lui faire perdre son influence dans la sous-région.

Sous la pression d’Houphouet, la Haute volta et le Dahomey vont se retirer de la fédération et construire une organisation de coopération régionale en opposition à la fédération du Mali.

Ces défections ébranlent la fédération mais ne la détruisent pas. Le Sénégal et le Mali sous la houlette du leader panafricain Modibo Keita continuent l’aventure.

Au Togo nous disons : né mi lé dou, nousein la non mia si (Mina)

Le 4 avril 1959, l’assemblée de la fédération se réunit ; Modibo Keita, opold Sedar Senghor eMamadou Dia sont alors désignés respectivement président, président de l’assemblée et viceprésident. Après la mise en place des instances politiques, la prochainétape est celle de l’acquisition de l’indépendance.

Le 20 juin 1960, le président de l’assemblée Léopold Sédar Senghor proclame l’indépendance de la fédération.

Au Burkina faso nous disons : Tond san bé nii taba nama ya tond so (Moré)

Mais les conflits internes, les antagonistes et les rivalités au sommet de l’État viennent à bout de la fédération. A la suite d’un conflit institutionnel, le Sénégal, par la voix de son chef Senghor, se retire de la fédération et proclame l’indépendance du Sénégal. Le Soudan proclame à son tour son indépendance et devient le Mali. Après seulement 4 mois d’existence en tant qu’Etat indépendant, lfédération du Mali disparaît.

Au Niger nous disons: Tcharbandé no ir gaté gabi (Zarma)

La disparition de la fédération du Mali emporte avec elle les rêves d’unité portés par les leaders africains. Malgré d’autres initiatives insufflées par Kwamé N’krumah ou encore Sékou Touré, les Africains ne parviendront pas à s’unir. Ainsi, aux lendemains des indépendances, on voit apparaître sur le continent africain des Etats aussi faibles les uns que les autres et n’ayant aucun poids sur la scène mondiale.

Aussi longtemps que notre peuple s’expose au danger d’être faible en étant désuni, il est à prévoir que nous restions sous la domination d’autres peuples qui ont su devenir forts en s’unissant.

Unis nous sommes forts et dans toute l’Afrique les peuples lancent un appel : Ensemble nous avons le pouvoir.

Je suis Panafricain.

Nous sommes Panafricains.

Que l’Afrique retienne le nom de ses Héros.

 

NJA

Tiken Jah nous parle d’unité