TheLegend

Mansa

Depuis maintenant plus de huit siècles les griots de la lignée des Kouyaté racontent l’histoire de celui que l’on appelle le Lion du Mandingue : Soundjata Keita Mansa (roi des rois) de l’empire Mandé. Ecoutons Balla Fasséké premier de la lignée des Kouyaté, griot du Mansa, nous raconter une partie de cette histoire :

C’est en l’an 1190 que naquit Soundjata keita , fils du roi du Mandé Naré Maghann Konaté et de la femme-buffle Sogolon Koudouma. Après une enfance difficile due à son infirmité il fuit le royaume de son père chassé par sa belle mère pour se réfugier dans le royaume de Nema où il apprend l’art de la guerre et devint un combattant d’exception sans nul égal.

Lors de son exil il apprend que le royaume de son père a été dévasté et est désormais sous la domination du roi-sorcier Soumangourou Kanté alors Empereur du Sosso. Désireux de libérer son peuple du joug du roi sorcier, le lion du Mandingue va lever une armée et fédérer autour de lui d’autres royaumes sous domination. C’est le début d’une guerre épique opposant deux guerriers d’exception.

Le sort de cette guerre se jouera lors de la sanglante bataille de Kirina en 1235 qui se solda par la victoire de Soundjata : L’empire du Mandé venait de naitre.

Afin de donner à son nouvel empire des bases solides Soundjata va réunir autour de lui les notables de l’empire afin d’élaborer une charte pour régir la vie de sa communauté.

C’est ainsi que va naitre le Dunya Makilikan (Injonction au Monde) ,véritable déclaration des droits humains et acte fondateur de l’empire du mandé. Cette déclaration se positionne comme un acte révolutionnaire voulu par un homme d’exception: Soundjata Keita.

«toutes ces paroles m’ont été donnée pure de tout mensonge, je l’ai donc transmise sans altération aucune»

Ecoutons Balla Fasséké nous lire l’injonction au monde:

1. Les chasseurs déclarent :

Toute vie (humaine) est une vie

Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie,

Mais une vie n’est pas plus « ancienne », plus respectable qu’une autre vie,

De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre vie.

2. Les chasseurs déclarent :

Toute vie étant une vie,

Tout tort causé à une vie exige réparation.

Par conséquent,

Que nul ne s’en prenne gratuitement à son voisin,

Que nul ne cause du tort à son prochain,

Que nul ne martyrise son semblable.

3. Les chasseurs déclarent :

Que chacun veille sur son prochain,

Que chacun vénère ses géniteurs,

Que chacun éduque comme il se doit ses enfants,

Que chacun « entretienne », pourvoie aux besoins des membres de sa famille.

4. Les chasseurs déclarent :

Que chacun veille sur le pays de ses pères.

Par pays ou patrie, faso,

Il faut entendre aussi et surtout les hommes ;

Car « tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface

Deviendrait aussitôt nostalgique ».

5. Les chasseurs déclarent :

La faim n’est pas une bonne chose,

L’esclavage n’est pas non plus une bonne chose ;

Il n’y a pas pire calamité que ces choses-là,

Dans ce bas monde.

Tant que nous détiendrons le carquois et l’arc,

La faim ne tuera plus personne au Mandé,

Si d’aventure la famine venait à sévir ;

La guerre ne détruira plus jamais de village

Pour y prélever des esclaves ;

C’est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable

Pour aller le vendre ;

Personne ne sera non plus battu,

A fortiori mis à mort,

Parce qu’il est fils d’esclave.

6. Les chasseurs déclarent :

L’essence de l’esclavage est éteinte ce jour,

« D’un mur à l’autre », d’une frontière à l’autre du Mandé ;

La razzia est bannie à compter de ce jour au Mandé ;

Les tourments nés de ces horreurs sont finis à partir de ce jour au Mandé.

Quelle épreuve que le tourment !

Surtout lorsque l’opprimé ne dispose d’aucun recours.

L’esclave ne jouit d’aucune considération,

Nulle part dans le monde.

7. Les gens d’autrefois nous disent :

« L’homme en tant qu’individu

Fait d’os et de chair,

De moelle et de nerfs,

De peau recouverte de poils et de cheveux,

Se nourrit d’aliments et de boissons ;

Mais son « âme », son esprit vit de trois choses :

Voir qui il a envie de voir,

Dire ce qu’il a envie de dire

Et faire ce qu’il a envie de faire ;

Si une seule de ces choses venait à manquer à l’âme humaine,

Elle en souffrirait et s’étiolerait sûrement.»

En conséquence, les chasseurs déclarent :

Chacun dispose désormais de sa personne,

Chacun est libre de ses actes,

Chacun dispose désormais des fruits de son travail.

Tel est le serment du Manden

A l’adresse des oreilles du monde tout entier

«toutes ces paroles m’ont été donnée pure de tout mensonge, je l’ai donc transmise sans altération aucune»

Le retour vers la connaissance du passé n’est pas synonyme d’hérésie mais une simple volonté de créer un futur sur des bases qui nous sont propres.Il nous faut comprendre que le temps est venu de penser par nous mêmes comme l’ont fait les chasseurs du Mandé. Sans une connaissance et une interprétation lucides du passé, le futur d’un peuple ou d’une nation ne peut s’écrire dans la vérité.

Je suis Soundjata Keita

Nous sommes Soundjata Keita

Que l’Afrique retienne le nom de ses Héros

NJA


Fréderique Brully Brouabré

Fréderique Brully Brouabré

Il est de ceux qui ont marqué la culture ivoirienne de par son talent et sa singularité. Son oeuvre, immense s’inscrit dans une optique de réappropriation identitaire et célèbre l’inventivité d’un homme qui à su faire de son art un écho. Brully Brouabré, se positionne comme une figure importante du paysage artistique et intellectuel africain, et nous rappel au travers de chacune de ses créations l’importance de vivre en accord avec son histoire. 3 ans après sa mort,  son oeuvre intemporelle se doit aujourd’hui d’être connue.

Brully Brouabré

 

Née en 1923 à à Zépréguhé dans la région de Daloa dans l’ex-colonie ivoirienne, le jeune Brully Brouabré manifeste une vive curiosité pour l’environnement qui l’entoure.  En 1939 , il est exclut de l’école pour s’être rebellé contre les exactions du système colonial.

En 1940 il part faire son service militaire en métropole. À son retour, il devient fonctionnaire de l’administration coloniale et exerce diverses fonctions au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

Le 11 mars 1948, il reçoit une révélation divine. Voici comment il nous raconte cette vision: « lorsque le ciel s’ouvrit devant mes yeux et que 7 soleils colorés décrivirent un cercle de beauté autour de leur Mère-Soleil, je devins Cheik Nadro: celui qui n’oublie pas ».

L’oeuvre de Fréderique Brully Brouabré

A partir de cette date Cheik Nadro devient un artiste aux multiples facettes utilisant tous les modes d’expression artistiques : peinture, dessin, écriture… La pertinence et la diversité de son œuvre lui confère le statut de philosophe, de penseur, de peintre qui voue son travail à la cause africaine.

Brully brouabré

 

Son œuvre est particulièrement marquée par la création d’un Alphabet Africain qui a pour objectif de fixer et de transmettre le savoir du peuple Bété dont il est originaire . Pour construire son alphabet il s’est inspiré de figures géométriques découvertes sur des pierres d’un village du pays Bété :Bekora.

Brully Brouabré

Toute son œuvre va se bâtir autour de cet alphabet qu’il va utiliser pour retranscrire tout ce qu’il observe : ses songes, ses révélations et ses réflexions sur l’humanité.

Le 28 janvier  2014, Brully Brouabré artiste ivoirien multi-dimensionnel rejoint le cercle des immortels. Il nous lègue une oeuvre pléthorique et foisonnante qu’il nous revient de connaitre. L’influence culturelle de Brully Brouabré est aujourd’hui incontestable.

 

brully Brouabré

Je suis Brully Brouabré

Nous sommes Brully Brouabré

Que l’Afrique retienne le nom de ses Héros.

 

NJA

 

 


Indépendance ou La fin de la longue nuit

Un seul homme peut-il porter sur ses seules épaules la destinée d’un peuple si grand ? Un soir d’aout 1960, le peuple d’Eburnie quittait enfin la longue nuit du colonialisme.

22 octobre 1946, ils étaient 148 à embarquer sur la frégate F707 de la marine nationale Française. Ces 148 jeunes sélectionnés parmi les meilleurs élèves de la colonie ivoirienne s’apprêtent à poursuivre leur formation en métropole. Premier député de la colonie à siéger au parlement français, Dia Houphouët vient de tenir une promesse de campagne : former une génération de cadres ivoiriens. Visionnaire, il vient de poser les premières fondations de cette nation en devenir. Ces 148 jeunes devront être prêts lorsque le soleil des indépendances se lèvera sur la terre d’Eburnie.

Alcide Dioulo, Alphonse Bissouma Tape, Bakary Coulibaly, Brou Marie-Thérèse, Camille Adam, Ernest Boka, Gervais Coffie, Jean Konan Banny, Jean-Baptiste Pango, Joseph Aka Anghui, Memel Fôte sont du voyage. Arrivés le 20 novembre 1946 en métropole, les 148 premiers boursiers de Côte d’Ivoire débutent leur quête de connaissance pendant que sur leur terre règne un parfum de révolte.

Le temps du combat

1945, Alexandre Douala Manga Bell, Gabriel d’Arboussier, Jean-Félix Tchicaya, Yacine Diallo, Fily-Dabo Sissoko, Sourou Migan Apithy, Lamine Guèye, Léopold Sédar Senghor et Dia Houphouet rentrent au palais Bourbon pour représenter les peuples colonisés d’AOF et d’AEF.

Pionniers du combat pour l’indépendance, l’abolition du travail forcé et du code l’indigénat, l’attribution de la citoyenneté française à tous les ressortissants d’Outre-mer, la liberté de réunion et d’association de la presse seront leurs premières victoires face au système colonialiste. Ils créent également le Rassemblement Démocratique Africain à Bamako en 1946, parti qui rassemblera sous un même étendard tous les mouvements africains luttant pour l’émancipation des colonies.

Le combat pour l’indépendance prend un tournant décisif avec la création du rassemblement démocratique africain (RDA). Dia Houphouet futur ex-leader nationaliste mène la fronde contre l’administration coloniale qui ne pourra pas résister longtemps à la pression de l’histoire. Soutenu dès sa création par le parti communiste, le RDA et sa branche ivoirienne, le PDCI ne vont cesser d’être combattus par l’administration coloniale qui ne tolère par les accents indépendantistes de ce mouvement.

Les dirigeants du RDA subiront brimades, humiliations, licenciements, emprisonnement, intimidations. Le RDA ploie sous les coups de butoir du colon qui ne se ménage pas pour réprimer ce mouvement soutenu par les masses africaines.

Dans la colonie ivoirienne, la répression contre le RDA et son chef se fait intense. La colonie est en ébullition.

Ainsi trois ans après le départ des 148 aventuriers, l’administration coloniale dirigée par le gouverneur Péchoux arrête le 6 février 1949 plusieurs dirigeants du PDCI-RDA. Bernard Dadié, Mathieu Ekra, René Séry-Koré, Jean-Baptiste Mockey, Albert Paraïso, Philippe Vieyra, Jacob Williams. Seul manque à l’appel Dia Houphouet.

« Ils nous braquaient de leurs fusils et nous ont demandé qui était armé. J’ai levé le doigt. Ils m’ont demandé de sortir mon arme. Je leur ai brandi le stylo que j’avais dans la poche. Ils ont ri, les crétins ! C’est avec ce stylo que, de l’intérieur de la prison de Bassam que j’ai écrit mes « carnets de prisons » et les articles qui ont mis le feu à l’administration coloniale », Bernard Dadié.

Enfermés à la prison de Grand Bassam, les prisonniers entament une grève de la faim. Dehors le peuple se soulève pour demander la libération de leurs leaders. Les femmes prendront la tête de ce mouvement. Le 24 décembre 1949 elles marchent sur la prison pour demander la libération des membres du PDCI-RDA et lancent le boycott des commerces français. Elles subiront les foudres d’un régime aux abois. L’histoire se souvient d’Anne Marie Raggi, Marie Koré, Maguerite Sackoum, Odette Yacé et de Mme Ouezzin Coulibaly.

Le 22 mars 1950 le procès des dirigeants débute, Dia Houphouet leader du PDCI ne viendra pas soutenir ses compagnons. Prétextant une maladie, il préfèrera se réfugier à Yamoussoukro se contentant d’un simple télégramme de soutien.

« Regrette absence côtés vaillants camarades, victimes colonialistes aux abois- STOP mauvais état santé m’a empêché exprimer vive voix solidarité avec sublimes défenseurs peuple opprimé d’Afrique… Sommes… entièrement d’accord sur but à atteindre émancipation Afrique… Union avec forces démocratiques métropolitaines groupées autour avant-garde Parti communiste français, union avec forces démocratiques monde entier sous direction grand socialisme Union soviétique guidé par chef génial le grand Staline en vue créer par lutte commune condition réaliser avènement, ère liberté, paix, Fraternité. » Dia Houphouet

Repli tactique ou trahison

La répression contre le RDA devient sanglante et meurtrière, le colon tue à Bouaflé à Séguéla et à Dimbokro. On compte plus d’une centaine d’innocents tombés sous les balles du colon. Les réunions du PDCI-RDA sont interdites. L’étau se resserre autour du chef du RDA, la rumeur de son arrestation couve, un mandat d’arrêt est lancé contre lui le 26 janvier 1950. Acculé par le gouverneur Péchoux, il craint pour sa vie.

Un homme sera le symbole de la violence et de l’acharnement du colon, le 29 janvier 1950 le sénateur Victor Biaka Boda membre actif du PDCI et fervent nationaliste meurt en martyr dans des conditions troubles.

La mort du sénateur est un tournant dans le combat pour l’émancipation de la colonie ivoirienne, Dia Houphouet se réfugie en France loin du tumulte et s’apprête à céder sous la pression de l’occupant. Le 18 octobre 1950, le RDA publie un communiqué qui acte son desapparentement au parti communiste.  Cet acte de reddition marque la fin des idéaux nationalistes du RDA. A partir de cette date le PDCI-RDA ne sera plus qu’un faire-valoir. C’est le début de la collaboration de Dia Houphouet.

 «Oui mes frères, un vent de nationalisme souffle sur le monde entier- la mystique de l’indépendance qui ne règle rien, qui ne règle pas les rapports entre les hommes. Avec foi, nous africains et j’entends tous ceux qui travaillent ici pour un avenir meilleur blancs et noirs nous tous nous devons unir nos efforts dans un esprit de compréhension mutuelle et de confiance totale afin que nous puissions opposer victorieusement à cette mystique : celle de la Fraternité » Dia Houphouet

Les idées indépendantistes et anticolonialistes trouvent un écho puissant dans le Paris des année 50, les 148 étudiants ivoiriens baignent dans ce foisonnement idéologique et se préparent à rentrer pour servir leur pays.

La décennie 50 sera calme, les soubresauts de la fin de la décennie 40 sont loin. La collaboration avec le colon se passe sans encombre. Sékou Sango, Dignan Bailly, Kacou Aoulou, Ouezzin Coulibaly, Victor Djedje Capri, Auguste Denise, Etienne Djaument animeront la vie politique pré-indépendance.

L’union Française, la loi cadre, la communauté Française finiront par accoucher d’une indépendance factice, octroyée sans combattre. Le 7 août 1960 Dia Houphouët devient le premier président la nouvelle république de Côte d’Ivoire. Les 148 aventuriers prennent pour certains le chemin du retour pour participer à la construction de ce nouvel Etat. Fort des compétences acquises ils sont prêts à relever le défi du développement. Mais leurs espoirs seront vite étouffés…

A suivre

NJA


En attendant L’Elite…

Les plaintes se suivent et se ressemblent, on décrit, on s’insurge.  Depuis les indépendances, les complaintes ne cessent d’alimenter le débat en Afrique. Les lamentations se perdent depuis des décennies dans le désert de l’inertie. L’Afrique est certes en progrès mais elle reste marquée par des carences importantes. Le continent est à la recherche de son élite censée jouer un rôle moteur dans son processus d’émancipation. Mais celle-ci, qu’elle soit économique, intellectuelle ou politique se démarque par son absentéisme.

Une élite moribonde et sans substance

Formée dans les meilleures écoles locales ou étrangères, possédant un patrimoine culturel et économique supérieur aux populations de base, elle semble avoir oublié la responsabilité qui lui incombe. L’inaction et la torpeur sont les meilleurs adjectifs pour la qualifier, elle fait des arrangements avec sa conscience pour refuser la place qu’elle se doit d’avoir.

Au-delà de son inaction, l’élite se caractérise surtout par une base idéologique incohérente au mieux sinon inexistante. Elle pourfend le Fcfa qu’elle traite de monnaie néocoloniale mais ne s’offusque pas de voir des domaines stratégies de son économie détenue pas ce même ancien colon. L’élite feint d’ignorer que critiquer le Fcfa juste sur des considérations sentimentales sans engager un débat de fond sur le contenu et les logiques politiques et économiques qui construisent cette monnaie, c’est mener un combat vain et surtout vide de sens. Cette élite oublie en critiquant le Fcfa qu’une grande partie de son pouvoir économique repose sur les mécanismes de cette monnaie. Le Fcfa n’est qu’une illustration des carences de ses raisonnements, elle est incapable d’apporter une critique scientifique, incapable de produire des solutions concrètes et efficaces.

Elle vante la croissance à 8% oubliant ses cours de 1ère année d’économie : la croissance n’est viable que si elle se traduit par une politique de redistribution effective et juste. La question de la diversité de l’économie, principe économique de base, ne lui pose pas de problème puisqu’elle est la première à profiter d’un prix des matières premières élevé.  Ayant une piètre connaissance de son histoire, la crise des années 80 ne peut lui servir d’avertissement. Elle sombre dans un vide idéologique abyssale. Ses plus grands technocrates bardés de diplômes pompeux sont trop occupés à profiter des avantages d’une économie exsangue qui ne sert que les intérêts d’une petite bourgeoisie vorace.

Elle critique la corruption endémique mais oublie que son permis de conduire lui a été octroyé dans des délais record et sans qu’elle ne participe à un seul cours de conduite. Les exemples sont légions de cas où elle se rend coupable de corruption mais aveuglée par sa position elle oublie qu’elle est la première à profiter de ce système.

Une élite aveuglée par ses privilèges

Elle s’est exilée par envie dans les plus grandes capitales du monde et regarde avec dédain la terre qui l’a vue naitre : « l’Afrique est trop corrompue, il n’y a pas assez de d’évènements culturels » « les hôpitaux sont en état de délabrement », « il fait chaud, je n’ai pas accès à la 4G » « la situation politique est trop instable »… Avec  toutes ces critiques l’on se demande comment elle a pu grandir dans un environnement aussi hostile et s’en sortir.  Elle ne retournera dans son pays que lorsque toutes ces choses seront à un niveau qu’elle juge suffisant. Copiant l’attitude du passager clandestin elle n’est pas loin de frôler la lâcheté. Complètement acculturée, elle rêve de faire de son pays une pâle copie de sa terre d’accueil, refusant de se créer une identité propre et de bâtir un pays en phase avec son temps et ancré dans ses racines et ses traditions.

Affirmant sa pseudo-africanité, elle préfère pour des raisons prétendument « pratiques » être Française, Canadienne, Américaine, Anglaise acceptant de subir les affres d’un système qu’elle pourfend. Elite dans son pays, prédestinée à occuper les plus hautes fonctions, elle préfère subir en Europe ou en Amérique l’humiliation d’un déclassement social.

Lorsqu’elle se décide enfin à rentrer, elle oublie ses devoirs. Trop égoïste elle souhaite uniquement répéter les schémas de ses aînés oubliant les débats endiablés de ses années étudiantes. Elle est désormais actrice d’un système qui en fin de compte lui est bien profitable. Lorsqu’un Burger King ouvre dans le quartier huppé de Cocody, elle sait que son pouvoir d’achat lui permettra d’en profiter. Elle ne peut critiquer un système sur lequel est fondée toute sa légitimité. Elle l’a très bien compris « on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis ». Même si à deux pas de chez elle, la malnutrition, le paludisme et le sida sévissent elle n’en a cure et préfère passer ses weekend à Assinie, loin de la plèbe qui ne lui inspire aucune sympathie.

Rendre à la communauté

Dans l’antichambre, le peuple soumis aux pires vicissitudes de la vie ne se plaint plus.  Il est le premier à subir les conséquences d’un système de santé défaillant car n’ayant pas les moyens de se faire soigner dans des cliniques privées. Il subit le premier le nivellement par le bas de la société en ayant accès un système éducatif de piètre qualité. Il n’a pas les moyens d’inscrire ses enfants dans un lycée français dont les places trustées par l’élite ne fait que confirmer la faiblesse du système éducatif trop incompétent pour accueillir l’élite.

Le peuple laissé pour compte n’attend plus rien de ceux qui l’ont lâchement abandonné. Livré à lui-même sans qu’on ne lui donne les moyens de changer de vie, il se voit proposer des solutions inadaptées. On lui parle d’entrepreunariat alors que tout ce qu’il demande c’est que le prix de son labeur soit rémunéré au juste prix. On lui parle de nouvelles technologies en oubliant qu’à l’intérieur du pays, l’accès à l’électricité est une gageure. On lui promet des infrastructures routières reliant les grandes villes alors qu’il souhaite simplement que ses enfants puissent arrêter de faire 500km pour se rendre à l’école. Ces solutions sont le symbole du délitement intellectuel des élites en déphasage complet avec la réalité d’un territoire qu’elles connaissent très peu et qu’elles refusent de connaitre.

La grandeur d’une nation se définit par la capacité de son élite à proposer un idéal en phase avec les réalités de son territoire, elle doit être celle qui insuffle le mouvement et donne le cap. Elle doit pourvoir, de par ses attributs, générer un projet de société qui englobe toute la nation. Elle ne peut continuer à bâtir une nation qui ne sert uniquement que ses intérêts et son entre soi.

Elle doit avoir la lucidité de produire une réflexion intellectuelle et poser un regard scientifique sur ses besoins et apporter des solutions qui s’inscrivent dans un cadre idéologique. L’action sans cadre idéologique ne produit aucun résultat, il suffit juste de regarder autour pour s’en convaincre. L’élite ne doit pas perdre la bataille de l’intelligence et laisser le soin aux autre de penser à sa place. Elle doit s’éloigner des slogans pompeux infructueux, proposer et choisir une ligne directrice impliquant toutes les couches de la population. Elle doit refuser l’incohérence dans ses discours, affirmer ses positions et refuser tout compromis. Elle doit s’armer de connaissances, se former à son histoire, comprendre son environnement et être pourvoyeuse de solution.

L’urgence de la prise de conscience

Les chiffres sont accablants pour notre pays et derrière le mirage de l’émergence, la réalité nous rattrape. La Côte d’ivoire est classée au 172e rang sur 188 de l’indicateur de développement humain, ce chiffre traduit la difficulté pour les Ivoiriens d’avoir accès aux prestations de base. L’espérance de vie se situe à 54 ans avec un taux de mortalité infantile à 64 ‰, démontrant que les progrès de la médecine sont loin d’être diffusés dans ce pays.

Le Sida, véritable fléau, est la première cause de mortalité chez l’homme et la deuxième cause chez la femme après  la mortalité due à la grossesse et à l’accouchement avec un taux de prévalence de 3.2%. Pour faire simple,  la Côte d’Ivoire est à ce jour le pays de l’Afrique de l’ouest le plus touché par le VIH/SIDA. Autre fléau, le paludisme qui lui aussi tue chaque heure en Côte d’Ivoire sept enfants et constitue aujourd’hui la première cause de mortalité chez les enfants.

A cette situation sanitaire désastreuse s’ajoute la pauvreté. Selon les dernières données de l’institut national de statistiques 46,3 % de la population ivoirienne vit avec moins de 737 Fcfa par jour, pour résumer 46,3 % des ivoiriens n’arrivent pas à avoir une vie décente. Sur le plan de l’éducation, le taux d’alphabétisation est de 45% avec un taux d’alphabétisation des femmes qui se situe lui à 36,3 %. Pour mettre en perspective ce chiffre, on remarque que le Brésil pays émergent également a un taux d’alphabétisation de 96,7 %. L’excision est encore une pratique courante dans ce pays avec un taux de prévalence de 36 %, taux encore trop élevé quand on connait les dégâts de cette mutilation sur la vie des femmes.

Ces chiffres ne sont pas exhaustifs et ne reflètent qu’une faible partie de la réalité d’un pays qui peut se targuer d’être la première économie de l’UEMOA mais qui est en vérité un pays pauvre loin des standards qui définissent un pays développé.  Quand on est premier parmi les derniers on est premier de rien du tout.

Face à ces chiffres alarmants, ne pas agir revient à être complice et à cautionner. S’asseoir à 6 000 km ou 10 000 km pour critiquer ou être sur place voir et ne rien faire c’est participer à amplifier l’impact de ces chiffres et contribuer à la création d’une société toujours plus inégalitaire. Il nous incombe donc de prendre nos responsabilités et de construire la société que nous voulons pour nos enfants tout en refusant toute compromission.

Comme Frantz Fanon le disait : Chaque génération doit dans une relative opacité trouver sa mission l’accomplir ou la trahir. Il est de notre responsabilité de faire partie d’une génération qui accomplira sa mission.

NJA

 


Zouglou ou l’histoire d’une contestation politique et sociale #3

Zouglou histoire d’une contestation sociale

« Le 24 décembre 1999, pendant qu’on était tous occupés, mon beau pays tournait une page de son histoire. Quand j’ai demandé, on dit c’est Bédié qui s’était fâché parce qu’ils ont pris sa place et puis ils l’ont foutu à la porte sans préavis, en tout cas il nous a pas dit au revoir. Au lieu de pleurer, les gens disaient : C’est bien fait pour lui. C’est quel Président, depuis on te parle, tu ne comprends rien. Ton peuple a faim, toi tu lui tiens des discours guerriers. Quand tu vas à l’hôpital, docteur te dit repose en paix. Mais si on ne peut pas manger, on ne peut pas se soigner, si on ne peut pas aussi te parler! Président, toi tu fais quoi là. Voilà pourquoi! ils ont fait nan nan nannan nannan C’est pourquoi! C’est pourquoi! Tu es parti. » Changement Soum Bill

Ce 24 décembre 1999 marque la fin du règne du premier parti politique de Côte d’Ivoire. Le Conseil National de Salut public (« CNSP ») prend le pouvoir avec à sa tête le Général Guéi, porté au pouvoir par les « jeunes gens ». Ce nouveau pouvoir militaire subira lui aussi les foudres du Zouglou.  Dans cette Côte d’Ivoire aux mains de l’armée, les exactions se succèdent, l’insécurité devient une norme et le pouvoir se durcit. Le Zouglou lui ne dévie point et continue de fustiger et de parler au nom du peuple : « Il y a des gens qui ont volé l’argent du pays, on les a laissé partir avec tout le blé mais si tu voles gbofloto pour manger si on t’a attrapé on va tirer sur toi, les armes ont envahi la ville, voila ce qui nous inquiète. » Zambakro Soum bill.

En ce début de millénaire, le Zouglou toujours aussi revendicatif suit l’avènement au pouvoir du fils de Mama, opposant historique qui

« quand le match a commencé (…) étais dans les tribunes et (…) as crié tellement fort que tout le monde (l)’a entendu c’est (lui) qui disait que les défenseurs ne sont pas puissants, le milieu tourne mal, les attaquants sont nuls. (Il) disait encore que c’est l’arbitre qui gâte le match ; aujourd’hui (il) est l’arbitre (il) es sur le terrain. » Président C’est le début de la refondation.

Le Zouglou, fidèle à sa ligne de conduite avertira les refondateurs :

« On ne prend pas l’argent du peuple pour construire son village! Les femmes de Président ! Elles prennent le panier pour aller faire marché à Paris ! Madame la Présidente y a marché à Gbata »

et continuera sans complaisance d’alerter le pouvoir sur les difficultés quotidiennes des populations.

L’accalmie des deux premières années de la refondation n’est qu’un mirage et une déflagration ébranlera les fondements fragiles d’une nation qui n’a pas su éteindre les braises de divisions.  Le 19 septembre 2002, la Côte d’ivoire sombre dans le chaos et l’horreur. La rébellion s’installe, coupe le pays en deux « mais est-ce que pour revendiquer on a besoin de tuer ? ». L’aventure de la refondation est stoppée nette et pour le Zouglou, l’heure n’est plus à la critique mais à la dénonciation et à la condamnation d’une rébellion injustifiée et barbare. Pat Sacko du groupe Espoir 2000 et Petit Yodé vont être les fers de lance de ce Zouglou qui en 2002 se veut patriotique. Leur titre « on est fatigué », va résumer tous le ressenti d’une population qui n’aspire qu’à la paix, en condamnant unanimement cette entreprise destructrice. Dans cette chanson, les deux artistes poseront une question qui prendra tout son sens quelques années plus tard « existe-t-il une solution politique à un coup d’Etat manqué ? ».

Dans une autre composition qui réunira plusieurs figures de la scène Zouglou, ils rappelleront que

« si le pays nous appelle ça ne veut pas dire de venir, de venir avec les armes à la main »

et Petit Denis fera lui, une mise en garde :

« Notre hospitalité nous impose l’amour des étrangers, mais manman, méfions-nous des gens étranges. Ils prennent notre pays-là comme Solenan placali doum, Yé manman, nous on veut seulement la paix. »

Le titre « Indépendance » des garagistes pointera quant à lui la relation ambigüe entre l’ex-puissance coloniale et son ex-colonie, mise en lumière à la faveur de la crise que traverse la Côte d’Ivoire.

« Quand on a faim ils nous jettent à manger, quand on n’a pas besoin d’eux ils sont toujours présents, alors pourquoi se mêlent-ils de nos problèmes ?  Pour coopérer avec notre continent il faut les aviser, pour nos élections nous devons les consulter. Quand l’Afrique se porte bien l’occident est enrhumé »

Zouglou et  la contestation politique

Malgré la guerre, les refondateurs, avec la complicité de toute la classe politique, se perdent dans un flot de scandales et se noient dans des discours belliqueux qui ne calment pas les esprits. Le Zouglou ne va pas se faire prier pour condamner vertement cette situation. Lago Paulin, dans sa chanson « on est fatigué » et Yodé et Siro dans leur chanson « Le peuple te regarde » seront très critiques à l’égard d’un régime acculé par des rebelles menaçants et une communauté internationale lui contestant sa légitimité.

« On assiste à une baisse des valeurs morales. Quelle éducation voulez-vous inculquer à vos enfants ? Plus besoin d’école pour devenir ministre, et on me dit c’est pour que mon pays se porte bien. Ma patrie se meurt. Sa vie n’est que vice, déjà trop de sacrifices » « Trop c’est trop »

« Coûte que coûte vaille que vaille, je serai président. J’y tient tellement que je suis prêt à tuer. Schéma classique d’une comédie politique. Aujourd’hui on tue des gens qu’on veut gouverner demain ».

2010, la prophétie du groupe espoir 2000 se réalise.

3000 morts, des milliers d’exilés, des prisonniers enfermés sans raison, des familles endeuillées pour assouvir la soif de pouvoirs de leaders en manque de vision. Arrivé au pouvoir en chevauchant le corps de ses compatriotes, le nouveau maitre d’Abidjan fera taire toutes formes de contestations. Le Zouglou lui, après 20 ans de combat attend la relève qui peine à émerger ou  qui préfère lui occulter sa dimension politique. Mais dans ce mutisme généralisé, on constate que « le pays-là devient joli mais le peuple a le ventre qui est vide ». Issu de la nouvelle génération, Amaral sera l’un des rares à s’insurger contre cette émergence factice que l’on nous promet. L’ancienne génération recommence elle aussi à donner de la voix. Soum Bill, constant dans ses positions et combattant acharné du Zouglou contestataire nous rappelle « qu’on ne fait la paix qu’avec ceux avec qui on a fait la guerre. »

En 20 ans, le Zouglou aura été de tous les combats politiques en Côte d’Ivoire. Il porte les espérances d’un peuple et redonne de la dignité aux invisibles.  Le Zouglou est le symbole de la grandeur et de la puissance culturelle de la Côte d’Ivoire. Il est avant tout une tribune d’expression qui ne peut demeurer silencieuse. En Zouglou gbê est mieux que Dra depuis Bilé Didier c’est comme ça.

NJA


Zouglou ou la conscience d’un peuple #2

Peut-on parler de Zouglou sans évoquer sa capacité à saisir les maux de la société ? À mettre en lumière les dynamiques d’une société en perpétuel mouvement et à raconter avec une plume feutrée tous les événements qui la traversent ?

La Côte d’ivoire qui se prépare à rentrer dans le nouveau millénaire est en perte de repères. Les crises politiques à répétition, la guerre, les charniers finissent par ébranler les faibles fondements d’une nation encore trop fragile. La société est en crise. A la recherche d’un nouvel idéal, elle sombre. Le Zouglou sera là, pour la relever, la porter, et lui rappeler les valeurs qui la définissent.

Le Zouglou s’adressera avant tout à la jeunesse. Dézy Champion décrira leur état esprit et délivrera un message d’espoir :

« mais moi j’ai foi aux jeunes d’aujourd’hui qui ont été élevé par le coup de tonnerre, donc ils n’ont pas peur du coup de fusil, c’est des vrais guerriers qui savent se battre » Courage.

Son duo avec le leader du groupe Magic System s’inscrira dans la même logique, « Djewé » est avant tout un témoignage du parcours de ces artistes qui forcent l’admiration.

« Quand tu ouvres le dictionnaire où il est écrit galère il y  ma photo à côté ».

De par leur parcours, les artistes Zouglou sont les seuls à avoir la légitimité pour véhiculer un message à un peuple soumis aux pires vicissitudes.

Fitini, l’un des meilleurs paroliers du Zouglou, lui offrira ses meilleurs textes. L’exode vers la capitale est un phénomène trop présent pour être ignoré et Fitini s’en fera le portevoix dans son titre « Abidjan est dur ». Trop souvent perçu par la jeunesse de l’intérieur du pays comme un eldorado, Abidjan se révèle parfois sous les traits d’une briseuse de rêve.

« Il est arrivé à Adjamé, il y deux loubards qui se bagarraient il arrive il se renseigne on lui dit c’est à cause de togo (100 FCFA) ». Cette phrase traduit assez bien le message véhiculé par cette chanson.

Le plus grand succès de l’artiste reste sa critique de « l’école ivoirienne ». Le constat qu’il en dresse dans cette œuvre ne souffre d’aucune contestation et est malheureusement toujours d’actualité.

En 2002, l’insouciance qui s’empare de la Côte d’Ivoire avec l’avènement du coupé décalé ne laisse pas insensible le Zouglou. Trop éloigné de ce nouveau concept avec lequel il partage peu de valeurs, il essayera d’être un garde-fou face à ce mouvement certes brillant mais aux dérives multiples.

« Abou va-s’y molo molo, toi tu es comment quand on te parle ne peux pas écouter d’après toi c’est le farot mais faro-faro ça ne peut pas payer ciment ». Abou

Le Zouglou, malgré une baisse de son aura due à l’éclosion du coupé décalé, gardera sa constance en proposant des textes toujours plus pointus décrivant la réalité des ivoiriens loin des frasques du coupé décalé.

 « J’ai une mère et un père les deux se sont connus dans la galère. Comme héritage ils sont en train de me laisser dans la souffrance. Mon métier c’est la misère, ma distraction c’est la galère, je cherche encore mes repères car le bonheur je le préfère. Grouillement me rend bossu, affrontement de la vie me rend nerveux » Triste Destin

Petit Denis, fidèle à lui-même, partagera à sa manière sa vision du coupé décalé :

«si le grand Meiway fait atalaku mon frère il a raison, chacun cherche son dabali » Galoper

Les artistes Zouglou passeront maitres dans l’art de raconter des histoires entendues dans les quartiers de la Capitale. Le cultissisme « 1 er gaou » qui fait aujourd’hui figure de référence en est un exemple parlant. L’un des thèmes les plus récurrents est sans doute celui des relations Hommes – Femmes. Espoir 2000 sera le groupe qui critiquera la plus la gente féminine avec parfois, une certaine mauvaise foi

« l’argent c’est bon c’est vrai, pardonnez aimer un jour «  … » quand la galère frappe à la porte l’amour sort par le fenêtre ce que je te dis c’est pour que tu fermes ta fenêtre. » Calculeuses

A’salfo et les magiciens ne se priveront pas non plus de critiquer les relations parfois complexes entre les deux sexes

« il est vrai qu’on nous a toujours dit derrière un grand homme se cache une dame de feu mais souvent derrière les dames de feu y’a un petit pompier » Petit Pompier

L’humour, la satire, et la dérision sont inhérents au Zouglou et Petit Denis en usera à la perfection notamment dans ses titres « tournoi », et « sécurité », qui racontent avec humour et simplicité des histoires pleines de sens qui sont une juste retranscription de la réalité sociale ivoirienne. Le Zouglou sera aussi présent pour mettre en avant l’absurdité de certaines mesures politiques comme l’ivoirité. Petit Denis tournera en dérision ce concept dans son titre Papa Polo

« Bakari voleur commence à prier en mossi, Papa polo surpris pose la question : « donc toi tu es étranger ? Tu as eu la chance parce que Bédié a dit de consommer ivoirien, comme toi tu es étranger je peux pas manger pour toi. »

« Aventurier », « Kouyou », « Marie louise », « Atito », « la vie » sont des titres qui consacrent le Zouglou dans sa mission principale : éveiller les consciences. Les textes du Zouglou traduisent les tumultes mais aussi la quiétude, les peines mais aussi les sourires qui irriguent la société ivoirienne. Le Zouglou sait écouter mais sait surtout parler à un peuple qui trouve refuge dans ce style musical qui lui reste fidèle et qui ne se fourvoie pas. « Ivoirien est chrétien parce que y’a plus l’argent pour payer les moutons les cabris de sacrifice, ivoirien qui est là ne peut jamais gâter son nom » Ivoirien

Le Zouglou est un art qui met en exergue le particularisme culturel de ce pays d’Afrique de l’ouest qui s’est toujours démarqué par son inventivité. Le Zouglou ne fait que confirmer la capacité des ivoiriens à construire leur propre patrimoine culturel en agrégeant toutes les cultures qui composent sa nation.

NJA